
Alors que la France célébrait le 9 décembre les 120 ans de l’adoption de la loi de 1905, il n’a jamais été aussi nécessaire de dresser un bilan sincère de la préservation de la liberté de conscience et de pratique autour de nos fêtes culturelles. Car à l’heure où certains cherchent à redéfinir, voire à réduire, ce que la laïcité autorise, un débat revient sans cesse, fidèle comme l’hiver : les crèches ont-elles encore leur place dans les mairies de France ? Faut-il condamner des élus pour avoir installé, dans le hall de leur commune, un symbole auquel ils tiennent, un fragment d’histoire auquel beaucoup de Français demeurent attachés ? La question n’est pas anodine.
Elle touche au cœur même de ce que nous voulons être comme nation : un pays capable de faire cohabiter des convictions diverses, ou un territoire au sein duquel toute référence à l’héritage serait tenue pour suspecte ? Est-il si déraisonnable, pour des hommes et des femmes vivant côte à côte, de faire mémoire ensemble d’une pratique nourrie par les racines les plus profondes de notre identité ?
La crèche est devenue un élément de notre culture populaire
Un récent sondage du CSA* montre d’ailleurs que 79 % des Français sont favorables à la présence de crèches dans les mairies. Le verdict est sans appel : les Français ne veulent pas d’un Noël amputé de son âme, ni d’un pays qui se renie au nom d’une laïcité mal comprise. Un chiffre qui dit, bien plus que mille discours, que le pays n’a pas renoncé à ce qui l’a façonné. La crèche, en France, n’est plus le symbole d’une foi imposée : elle est devenue un élément de notre culture populaire, un moment de poésie hivernale, une scène familière qui évoque autant l’enfance que la spiritualité. Elle appartient à ce patrimoine immatériel qui fait vibrer les villages, les familles, les marchés de Noël et les villes illuminées. Condamner son apparition dans une mairie revient à nier ce que nous sommes devenus : un pays travaillant, consciemment ou non, par les apports du christianisme, de la philosophie des Lumières et des humanismes qui les ont façonnés.
Défendre une certaine idée de la France
La France est une République laïque – et c’est heureux ! Mais elle n’est pas pour autant amnésique. Notre calendrier, nos jours fériés, notre littérature, nos cathédrales, notre morale même, portent l’empreinte d’un héritage chrétien qui a infusé dans notre manière de penser le monde. Cet héritage n’a jamais empêché la liberté : il l’a même inspirée.
Renoncer à ces traditions au nom d’une interprétation restrictive de la laïcité serait une erreur
Ce n’est nullement trahir la laïcité que d’admettre que nos symboles cohabitent, et que la République et le christianisme, chacun à leur manière, ont contribué à hisser l’être humain vers plus de justice, de liberté et de proximité. Dans le sud de la France, et particulièrement en Provence, la crèche est un art populaire à part entière. Les santons, ces petites figurines d’argile façonnées à la main, racontent la vie d’un village, ses métiers, ses saisons.
Ils sont le reflet d’une culture vivante, transmise de génération en génération. Leur fabrication constitue également une activité artistique et économique essentielle, soutenant des artisans, des ateliers, des foires et des marchés qui font vivre nos territoires. Dans les Alpes-Maritimes, les foires aux santons, les chemins des crèches et les expositions municipales attirent chaque année des milliers de visiteurs. Ils participent au dynamisme local, au tourisme hivernal et à la mise en valeur de nos communes, petites et grandes. Renoncer à ces traditions au nom d’une interprétation restrictive de la laïcité serait une erreur. Ce serait céder à une vision réductrice de notre identité collective. Défendre la présence des crèches dans les mairies, c’est défendre une certaine idée de la France : une France fidèle à son histoire, ouverte, apaisée et confiante dans ses valeurs.
*Sondage CSA, commandé par CNEWS, Le Journal du Dimanche et Europe 1, réalisé les 4 et 5 décembre 2025 par questionnaire auto-administré en ligne sur un échantillon national représentatif de 1 010 personnes âgées de plus de 18 ans, selon la méthode des quotas.
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