Le 13 avril 1961, de Gaulle traversait le Tarn-et-Garonne. L’historien moissagais François Boulet retrace cette journée historique lors d’une conférence exceptionnelle le vendredi 13 juin 2025 à 18 heures, au centre universitaire de Montauban.
Pourquoi avoir choisi de placer au cœur de votre conférence la visite du général de Gaulle en Tarn-et-Garonne ?
Parce que la présence du « plus illustre des Français » du XXe siècle dans notre territoire me semble presque aussi intéressante que les anciennes entrées royales sous l’Ancien Régime ou la venue de Napoléon Ier en juillet 1808, toutes proportions gardées. L’événement est toujours historique à l’échelle locale ; il laisse des souvenirs à toute une population, notamment la jeunesse des écoles qui découvre le premier président de la Ve République. Les « bains de foule » du général de Gaulle impressionnent toujours par leur mise en scène codifiée lors de ses visites locales.
L’exploration des archives vous a-t-elle réservé des découvertes inattendues, voire insolites ?
Les anecdotes abondent : ne pas oublier l’eau non gazeuse pour le général sur son « podium » ; mettre en place banderoles et drapeaux ; faire sonner les cloches lors de son arrivée ; demander à la population de pavoiser ; inviter les enfants des écoles laïques et privées tout en évitant de les placer trop près de l’estrade ; veiller à convier tous les maires, les élus, et les quelque 160 notables montalbanais et castelsarrasinois ; organiser le placement des 27 convives au repas officiel – un casse-tête logistique ; positionner les édiles le long de la RN 113 lors des arrêts présidentiels ; et surtout, gérer l’inquiétude constante d’un éventuel attentat. Fait notable : la journée est décrétée chômée dans les administrations, même si certains fonctionnaires choisissent de ne pas y participer pour des raisons syndicales ou politiques.

Quel fut le déroulement précis de cette visite officielle dans le département ?
Douze arrêts ponctuent ce périple, de Grisolles à La Magistère, avec deux allocutions majeures à Montauban et Castelsarrasin centrées sur la question algérienne. Mais ce déplacement donne aussi l’occasion au général de découvrir les mutations de l’agriculture locale, entre culture du maïs – dont il déconseille l’expansion excessive – et développement des vergers, comme celui de « la Provençale » à Castelsarrasin. Les archives, départementales comme municipales, regorgent d’informations économiques, politiques et culturelles trop souvent tombées dans l’oubli.
Quelles communes ont été retenues pour figurer sur le parcours présidentiel, et selon quels critères ?
Grisolles, Canals, Montauban, Lavilledieu, Castelsarrasin, Moissac, Boudou, Malause, Pommevic, Valence d’Agen, Golfech, La Magistère. Le choix de ces étapes repose en grande partie sur les recommandations du préfet Bernard Patou et du sous-préfet de Castelsarrasin, Jean-Marc Rousseau, qui suggèrent de mettre à l’honneur les « grands » élus du département. Ainsi, Pierre Frauciel, maire de Golfech, préside également la chambre départementale d’agriculture ; quant à Valence d’Agen, elle est représentée par madame Evelyne, veuve Jean Baylet, directrice de La Dépêche du Midi. Le poids des élus radical-socialiste influence nettement la composition de l’itinéraire. Un arrêt à Goudourville avait été envisagé, avant d’être supprimé sans qu’on en connaisse véritablement la raison.

Quels temps forts vous semblent aujourd’hui mériter une attention particulière ?
Les deux discours prononcés à Montauban et Castelsarrasin sur la situation algérienne s’imposent comme les moments les plus marquants. De Gaulle y réaffirme sa volonté de paix et d’association avec la France, y compris avec « ceux qui, jusqu’à présent, n’ont accepté ni l’une ni l’autre », allusion transparente aux représentants algériens alors engagés dans les tout premiers pourparlers à Évian.
Comment qualifieriez-vous l’ambiance générale et l’accueil réservé au président par la population ?
Le public se montre à la fois curieux et respectueux, voire enthousiaste. La mobilisation est massive : 12 000 personnes à Montauban, 8 000 à Castelsarrasin, quelques milliers à Moissac, plusieurs centaines ailleurs. L’élan populaire est indéniable.

Cette visite intervient dans un contexte troublé, en pleine guerre d’Algérie. Ce climat a-t-il pesé sur le déroulement de la journée ?
Le contexte aurait pu peser davantage. Contre toute attente, le périple s’est déroulé dans une atmosphère relativement sereine. Le général affiche une assurance tranquille. Dans ses discours, il dresse le portrait d’une France moderne, unie, jeune, portée par une « confiance raisonnée dans son destin ». Il insiste aussi sur les valeurs de fraternité et sur ce « pays humain par excellence » qu’est la France – une formule prononcée à Montauban, et que l’on retiendra volontiers.

Plusieurs sources évoquent la diffusion de tracts hostiles. Quelles dispositions furent prises pour assurer la sécurité de cette visite ?
Le dispositif de sécurité est impressionnant : policiers, CRS et gendarmes sont déployés en nombre – 300 rien qu’à Montauban. Les Renseignements généraux effectuent un travail minutieux d’investigation en amont, en réponse à des tracts – émanant principalement du Parti communiste français (PCF) –, à des lettres anonymes envoyées par des « activistes » de l’Algérie française, vraisemblablement extérieurs au département, et à la menace persistante d’un attentat. Le Tarn-et-Garonne est toutefois perçu comme politiquement calme.

Quelles figures politiques locales se sont distinguées au cours de cette journée ?
On retient naturellement Henri Lacaze, maire de Montauban, Adrien Alary, maire de Castelsarrasin, Jean Delvolvé, maire de Moissac, ainsi que les députés gaullistes Pierre de Sainte-Marie et Camille Bégué. À leurs côtés, des personnalités moins proches du général mais présentes : le sénateur-maire de Grisolles Jean Lacaze, et Evelyne Baylet. La couverture médiatique est importante, avec plus de trente journalistes, dont plusieurs anglo-saxons et allemands. Le journal télévisé de la seule chaîne nationale retransmet un résumé du passage à Montauban, suivi d’un extrait du discours de Castelsarrasin. Signalons enfin, à l’Élysée, la présence d’un chargé de mission clé dans l’organisation de cette journée : Jacques Narbonne, lié familialement au département.
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